SULAWESI Une île et deux bicyclettes

Kolaka, le 19 octobre 2011

 

 

Abdul, 50 ans, 3 enfants, employé de ferry à Kolaka

L’Utamakan Keselamatan est ce vieux car ferry qui joint chaque jour, pour 8 heures de traversée, les deux parties de l’île que sépare la baie de Bone. Dans l’équipage qui prend son poste ce soir, chacun a son rôle.

Abdul est le responsable des coussins. Lorsque se font entendre les moteurs du vieux bateau et qu’approche l’heure du départ, cahcun sait où trouver Abdul. Il sait lui aussi se faire voir, fruit de l’expérience, au moment où s’allongent les corps sur le sol crasseux .Pour 5 000 roupies, soit 0,45 euros, Abdul, fournisseur de coussins, vous promettrait presque un sommeil de plomb, dans l’allée et dans les effluves de gas-oil.

Abdul ne céderait pour rien au monde sa fonction sur le vieux rafiot qui prend la rouille. Quinze années de métier sur le même bateau n’ont pas entamé l’enthousiasme du responsable coussins. “Je traverse chaque nuit, dans un sens puis dans l’autre, je commence à connaître !“ Abdul est contractuel pour 2,8 Millions de roupies par mois (250 euros). Son fils aîné a bénéficié de l’appartenance du père à la compagnie. Il a pris l’ascenseur social et travaille dans la salle des machines. A l’étage -1.



Publié à 13:07, le 19 octobre 2011, Kolaka
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Kendari, le 18 octobre 2011

 

J'étais nomade
 
Le vélo chargé vous rappelle à chaque instant les lois de la physique et de la mécanique.
Cette masse de 35 kilogrammes que j'entretiens dans le mouvement à chaque coup de pédale me rappelle à chaque instant la vertu du grignotage et remet au goût du jour les valeurs qui ont pour nom ténacité, courage, abnégation. D'autres galopent autour du Mont-Blanc en 21 heures ou défient le temps et l'espace sur des vélos tout carbone aux roues lenticulaires. Ils goûtent à d'autres plaisirs et d'autres ivresses mais nous sommes de la même famille. Nous avons la même peur viscérale de l'immobilité. J'étais nomade avant que d'être sédentaire. J'étais nomade et je courais dans les pas de mon père, chasseur d'aurochs et de mouflons dans la rocaille de Tautavel. J'ai appris à sentir le vent et à le mesurer pour contourner l'animal et le surprendre. J'ai appris la patience lorsque nous nous cachions dans les grandes herbes. Mon corps a appris la fatigue jusqu'à l'évanouissement dans ces courses sans fin vers nos proies. J'ai connu les nuits d'orage lorsque la foudre tombait du ciel en colère et embrasait la forêt. J'ai bu la rosée du matin sur l'herbe fraîche, j'ai vu s'éteindre les forces de mes ainés et se fermer leurs yeux. J'ai tremblé dans le froid et la glace quand nous partions contraints vers d'autres lieux pour d'autres proies et d'autres plantes. J'étais nomade avant que d'être sédentaire.
Ce matin j'ai harnaché ma monture. Deux sacoches à l'avant, deux sacoches à l'arrière, et deux sacs de voyages déposés sur chacun des porte-bagages. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. J'ai vérifié machinalement que tout était en ordre et me suis réjoui à l'avance de cette nouvelle journée de nomadisme en des espaces inconnus. A vélo le quotidien ne laisse pas de répit au bonheur.


Publié à 02:33, le 18 octobre 2011, Kendari
Mots clefs : Daniel Légatcyclotourismevoyagessulawesi


Kolonodale, le 14 octobre 2011

Des bornes, des bosses et du goudron
Lorsqu’il est en itinérance loin de ses bases, l’Européen a parfois du mal à s’affranchir de ses habitudes. Pour se rassurer ou pour mieux maîtriser le cours des choses il affectionne avoir une vision prospective. Et lorsque cet Européen est cycliste, ce besoin de prévoir lui semble une nécessité.
Mauvaise pioche !
L’Indonésien est petit et tout lui semble grand, loin, inaccessible !
Interrogez le pour savoir la distance qu’il vous reste à parcourir vers la prochaine ville : il vous répondra invariablement “masih jauh“ (encore loin) en portant son regard vers l’infini. Vous êtes donc bien avancé ! Si vous vous faites insistant, il complètera par un “dua puluh bebih“ (50 km) qui s’avèrera être 50 à 80 km. Parfois, il se satisfera d’un“tiga desa lagi“ encore trois villages. Vous voilà donc armé pour vos prévisions de fin de journée !
Interrogez le sur l’état de la route, incontournable préoccupation de tout cyclo à la monture chargée : vote interlocuteur n’a généralement jamais emprunté la route que vous allez prendre, mais la gentillesse de l’Indonésien et son désir ardent de rendre service lui imposeront d’être précis dans les informations qu’il vous donne. Il vous annoncera une route goudronnée et en excellent état et vous vous retrouverez immanquablement sur une route empierrée et truffée de trous.
Quant à l’appréciation des reliefs et des difficultés du parcours, ceci est une autre histoire ! Les “tidak ada gunung“ ou “sedikit gunung“ ou “gunung tapi tidak tinggi“ n’éclaireront jamais le cycliste européen … à la vision prospective.


Publié à 02:22, le 18 octobre 2011,
Mots clefs : cyclosulawesiDaniel LégatAndré Béjean


Kendari, le 18 octobre 2011

Arsin, 50 ans, 7 enfants, musulman, propriétaire et chef d’entreprise
Les provinces de Morowali et de Kendari à l’est de Sulawesi, contribuent fortement à la croissance économique du pays.
Originaire de Bungku, capitale de province, Arsin n’a pas manqué le train. Voici 11 ans, il achetait à bon prix deux hectares de terrain pour y planter des palmiers à huile, l’or vert. Les fruits sont collectés, puis traités dans l’usine proche. De gros tankers acheminent l’huile vers Singapour. “1 dollar le litre“, le chiffre éclaire le paisible visage du quinquagénaire. “avec une production moyenne de 8000 litres par mois, c’est une affaire qui marche bien“.


Publié à 02:11, le 18 octobre 2011, Kendari
Mots clefs : SulawesiDaniel Légatcyclo


Kaloroang, le 17 octobre 2011

Panique à bord
Les cris des femmes et les pleurs des enfants n’ont pas entamé la sérénité des hommes. La coque du navire a, certes, heurté la barrière de corail, le navire s’est penché, une fois, deux fois, trois fois, puis a repris son équilibre.
La coque a dû souffrir mais le jeune capitaine, confiant, a repris son cap. La centaine de passagers aussi.
Les dauphins nous accompagnent pour quelques milles. Il semblent inspecter la coque meurtrie. Tout va bien !
Dans 6 heures, nous serons à Kendari


Publié à 02:00, le 18 octobre 2011, Kendari
Mots clefs : sulawesiDaniel Légatcyclovélobateau


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